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30.1.12

Bon Instinct de Jeu 2012 !!

 L'année 2011, restera gravée  dans toutes les mémoires, dans les récits, les annales, les archives, les témoignages. Repensez-y. C’est à peine croyable tout ce qui s'est passé sous nos yeux. L'histoire se souviendra de nous comme des enfants merveilleux du prodige, du miracle.

Les superpuissances mondiales nous ont montré l’efficience d’un nouveau modèle économique, et nous ont redonné confiance en l’avenir. Ensemble, banquiers, routiers, plombiers, traders, artistes, politiques, instits, cheminots, noirs, blancs, sans abris, rentiers nous n’avions qu’un seul mot d’ordre : SO-LI-DA-RI-TE. Dans la rue les richesses se distribuaient et les classes sociales s’effaçaient.

En Grèce, épicentre de ce nouveau monde, nous avons vu s'écrouler sous nos yeux le pouvoir des marchés sur le gouvernement, le troc partout remplacer la monnaie. Le Panthéon emblème de ce changement appartenait à tous, et des bals populaires s’y sont organisés toute l’année.

En France, nous nous sommes rendus compte de l’hyper honnêteté de nos dirigeants, refusant le moindre argent sale et prenant conscience de l’inutilité de leurs ambitions et des luttes de pouvoirs inter clan, ils ont démissionné.  On a vu des caravanes de roms  défiler le 14 juillet à la place de nos habituels chars de guerre, mis au chômage technique.
D’ailleurs dans le monde entier les soldats ont lâché leurs armes, à croire qu'ils s’étaient tous passés le mot, peut être grâce aux réseaux sociaux. Les avions se sont posés et dans les zones de guerre on entendit à nouveau le chant des oiseaux. En cette fin d’année les dirigeants des armées se sont convertis à l’apiculture, horticulture, arboriculture, ou toute autre activité se finissant par culture grâce à un plan social spécial de réintégration dans la société des militaires par le travail manuel. Les récalcitrants ont tous été convaincus grâce à un savant mélange de tendresse, d'arguments et de loisir. Dans les mairies un nouveau service de dons de carte d’identité française a été crée, et un grand sourire suffit désormais pour acquérir ses papiers. Des papiers qui ne servent plus à rien, il faut le dire, mais il faudra sans doute un petit lapse de temps pour nous défaire de certaines mauvaises habitudes. Quand aux préfectures de police, comme on s'en doutait, elles ont brûlé toutes les données, les fichiers et autre paperasserie et les policiers ont rejoint les comités d'organisation des bals et autres festivités de fin d'années.

Tous les immeubles vides de la ville de paris ont été réquisitionnés et utilisés par les Parisiens et les non Parisiens comme bon leur semblait, en bas de chaque immeuble les restaurants communautaires ont fleuri. Nous avons malheureusement vu la disparition de Pôle Emploi, qui ne servait plus guère… mais on parle déjà de le remplacer par des résidences d’artistes, avec conférences, expositions gratuites, et ateliers. De même pour les prisons, qui après rénovations devraient donner naissance à de beaux lieux de liberté.

Notre président qui a décidé de ne pas se représenter, comprenant que la politique de ces dernières années avait été un échec s’est installé, parait il, dans un camp naturiste hippie avec l’ancien directeur du FMI.

Évidemment nous avons enfin vu la signature d'un grand accord mondial, ratifié par tous les pays, prenant enfin des engagements concrets pour lutter contre beaucoup d’aberrations qui nous empoissonnaient la vie jusqu'à maintenant: fermetures des centrales nucléaires, arrêt des explorations et exploitations de gisement de pétrole, protection des peuples, des forêts, abolition de la prison, des genres, de la compétitivité, de la spéculation, de la conquête spatiale, de la télé-réalité,  la liste est bien trop longue pour tout énumérer. Monsanto comme Goldman Sachs, Wall Mart ou Total ont sous la pression populaire mis la clé sous la porte et ont pleuré de joie en direct à la télé pour annoncer leur nouvelle vie qui commençait et le soulagement de pouvoir enfin cesser leurs activités morbides et dévastatrices sans avoir à se justifier.

Les états de Palestine et du Tibet, entre autres, ont enfin été crées et reconnus ! Ils n'auront pas existé bien longtemps car à peine deux mois plus tard, sous l'impulsion des révolutions arabes, les états et frontières étaient déclarés inutiles et caduc, et les assemblées du peuple se gouvernant lui même ont pris avec courage et succès le relai pour organiser la vie des cités. Cette organisation et ces débats populaires prenant tellement de temps on a réduit le temps de travail à son minimum vital: consistant surtout à réparer toutes sortes de choses existantes grâce au soutien notamment de nos amis africains qui ont développé l'art de la récup, déclaré patrimoine de l'humanité par l'UNESCO à la fin de l'année. 

En 2011, nous n’avons jamais vu autant de joie sur les visages, de sourires, d’espoirs. Cette prise de conscience collective en faveur de l’environnement, de la solidarité, du développement nous a tous ému, et plusieurs fois des larmes ont coulé sur nos joues de ne pouvoir croire à tant de bonheur, tant de changement, tant de possibilités.

En ce début d’année 2012, nous nous retrouvons donc dans la situation incongrue, de ne savoir que vous souhaiter pour cette année tellement nous sommes comblées. Les souhaits de bonheur et amitié sont déjà une réalité pour tous. Mieux encore on parle de solidarité, de liberté, de fraternité.

Peut être qu’il y a encore quelque chose …….. JOUER !

Nous vous souhaitons donc à tous de développer toutes sortes de jeux rigolos, satiriques, humains, démoniaques, ironiques, empiriques…! Au travail les amis ! Qu'on vous retrouve dans la rue, dans le bus, autour du monde, avec vos amis, avec les inconnus, en amour, en famille, jouons !

Bon instinct de jeu 2012 à tous !

11.3.11

Jeu Erotique #4

 Le lieu: un avion
Le personnage : Une femme de 40 ans nymphomane
L’objet : un gilet de sauvetage


Elle s’arrêtait à Amman, rejoindre son mari et ses enfants. Je ne voyais pas son visage, voilé, mais son regard était explicite. A peine installées, déjà passionnée, elle me posait une foule questions, sur la France, l’amour, une façon de vivre européenne. Elle était fascinante, alternant vie de famille et voyages soupapes d’air et de sexe en Europe. Elle me parlait de souvenir, de sexe et buvait discrètement le whisky que je demandais à l’hôtesse. Elle m’a tout de suite plu. J’essayais de deviner son corps avec le peu d’indices que donnait son vêtement : une rondeur, un creux, une courbe. Je brulais sous son regard sensuel, presque indécent alors qu’elle dévorait ostensiblement des yeux mes jambes, mes bras, mon cou, mes cheveux. Elle s’est approchée, comme pour me dire un secret. Tu aimes les femmes. Une question, une affirmation ? Je n’ai su que bredouiller. Tu es très adorable. J’étais dans tous mes états, le whisky faisait effet, j’étais un peu énervée, j’avais envie de fumer une cigarette, je me sentais de plus en plus excitée, je croisais les jambes, c’était intenable, je les décroisais. Et cette femme qui me regarde, je ne peux voir que ses yeux ardents, je voudrais la déshabiller, voir son corps entièrement dénudé, malaxer sa peau de caramel, gouter son odeur un peu aigre, un peu sucrée. Elle a enlevé ses gants. De longues mains fines que j’aurais pu briser. Elle a défait la partie du voile qui cachait des regards son visage. Pommettes hautes, lèvres épaisses et saignantes, nez frémissant, menton triste. Plus âgée que je ne l’imaginais. Elle s’est définitivement rapprochée de mon cou et me chuchotait à l’oreille, que j’étais, adorable donc, et puis belle, que je sentais bon, que tous le monde dormait, qu’elle avait ses mains sous sa robe, que personne ne la voyait mais qu’elle se caressait, qu’elle était toute mouillée, qu’elle avait envie que je me caresse, que j’arrête de faire ma sainte nitouche, que je ferme les yeux. Elle nous a recouverte de couvertures air France, a fait glisser sa main le long de ma cuisse, elle a attrapé mon genou, l’a attiré vers elle, a repoussé l’autre du cote opposé, a remonté ma jupe, sa main était fraiche sur mes cuisses, je frissonnais, je sentais ses ongles rentrer dans ma chair. Elle a craché dans sa main, a commencé à me presser le clitoris. La tension à son comble. Je bois du whisky pour me donner du courage. Elle était un peu tarée. Et à son jeu, je perdais moi aussi les pédales. Je voulais l’étrangler, je pétrissais ses seins, accablais son ventre, brusquais son sexe dévorant d’un doigt, puis deux, puis tous, elle pleurnichait de plaisir, son visage se tordait de joie. Mon sexe essayait d’aspirer ses doigts, j’en voulais plus, mon bassin en avant, puis en arrière, je cherchais ma position de guerrière, j’étais trop basse, trop loin, j’essayais de me surélever avec mes mains, c’est le gilet de sauvetage qui me sauva, je le plaçais sous mes pieds, mon corps se trouva en accord parfait avec les mains de Zeina, qui me fouillait frénétiquement, elle rentra son doigt dans mon cul, elle me faisait jouir avec une facilité déconcertante, j’ai perdu la tête, me suis mise sur la moquette qui me brulait les genoux, je lui léchait son sexe velouté, je frottais le mien contre le gilet de sauvetage avec acharnement essayant d’atteindre un énième orgasme qui explosa. Mes dernières forces capitulèrent. Zeina en voulait encore. Les hôtesses de l’air nous jetèrent des regards furibards. Je m’endormis. 

10.3.11

Jeu Erotique #3



Le lieu


Le personnage

L'objet


  
La même table, comme tous les soirs. J’étais là sans trop savoir pourquoi. Souvenir d’un autre monde, lumières calfeutrées,  champagne pétillant, artifices illuminés et sadiques. J’imaginais tous ces rêves étriqués qui encombraient cette salle. Paris, le cabaret, les plumes, la nuit, le psychédélique de toute la clique.
Je restais fascinée par ces danseuses déguisées, dernières images érotiques d’un monde sans imagination.
A ma table des hommes, beaux, prometteurs... Sur scène des femmes belles, inaccessibles….

Soudain j’aperçus sa bouche parmi les ombres.
Ses lèvres bougeaient moelleusement comme si elle était en train de déguster un fruit, j’apercevais sa langue de temps en temps. Emoustillée, je pris la direction de son menton, rond comme une fesse de femme. Puis je descendis mon regard jusqu’au creux de son cou, j’imaginais son odeur, mélange de vin rouge et de parfum félin.
Les conversations continuaient à ma table, ennuyantes, des hommes beaux prometteurs regardant des femmes belles inaccessibles. Je nous inventais des jeux érotiques. J’imaginais ma langue qui parcourait son cou. Je continuais mon chemin, le creux de son épaule…

Je fus troublée, déconcertée dans mon itinéraire, j’aperçus une masse mécanique. Cette femme m’intriguait. Je la trouvais tellement belle, tellement femme. J’aimais sa robe fendu jusqu’à la moitié de sa cuisse, j’aimais ses longues boucles d’oreilles qui caressaient parfois ses épaules, j’aimais sa façon de fumer du bout des doigts, j’aimais sa bouche brune. Et pourtant je découvrais son bras mécanique, froid et moderne… J’imaginais les milles vies et les milles amants de cette femme dont le dernier lui aurait arraché le bras de désir. Je me demandais si elle avait déjà eu envie d’une femme, si elle avait déjà pris une femme. Je pensais que oui … surement trop belle pour être honnête.
Mon regard se faisait intense et indiscret, elle me démasqua. Elle me sourit, je l’entendis me chuchoter «  vas y continue, déshabille moi, j’aime ce que tu me fais ». Je fus gênée à mon tour et devais trouver un stratagème, plutôt drôle et cynique pour retomber sur mes pieds. Je partis vers le bar, et demandai à ce barman à plumes et paillettes d’apporter une clé de 12 à la femme en noir accompagné de ce mot :
« Me laisseriez vous démonter votre bras ».

J’observais le ballet du barman jusqu’à elle. Conversations toujours ennuyantes. Hommes prometteurs à ma table… Femmes inaccessibles sur la scène. Elle sourit à la lecture du mot, elle déposa la clé au creux de ses seins ronds, et caressa doucement ses tétons qui se durcissaient sous le froid du métal, puis, elle fit descendre la clé jusqu’a la fente de sa robe et me laissa admirer le haut de sa cuisse. Je voulus traverser cette salle, en furie, et réduire en miette tout ce qui se trouverait sur mon passage.

Je désirais furieusement être cette clé, toucher ses seins, ses fesses, je voulais lui arracher sa robe avec mes dents. J’aurais voulu qu’elle me touche à son tour avec son bras froid et métallique, j’aurais voulu l’entendre crier au milieu de ce cabaret qui nous emmurait. J’aurais voulu que nous nous jetâmes dans les plumes et les paillettes, je voulais la sentir, je voulais fourrer mes doigts dans chaque creux de son corps, que nos sexe se collent, que nos clitoris s’entrechoquent l’un contre l’autre, je voulais regarder sa bouche s’entrouvrir, je voulais voir la courbure de ses reins. J’aurais voulu entendre son cri quand elle aurait joui. Je sentais déjà ses doigts s’enfoncer dans ma chair, me griffer, je la sentais s’agripper à moi et me mordre les seins. Je sentais sa langue dans ma bouche, sur mes lèvres, sur mes cuisses. Je la sentais se frotter contre moi, je sentais son odeur, ses cheveux qui masquaient son visage…

Mais je restais là,  à la même table comme tous les soirs. J’étais là sans trop savoir pourquoi.

12.2.11

Jeu Erotique #2




Le lieu: Une voiture
Le personnage: Un jeune puceau
L'objet: Un miroir



Nous allions vite, trop vite. Il voulait me montrer qu’il était un homme. Pourtant il laissait transparaitre tout de sa jeunesse et de son impatience. Cela m’amusait et je me prenais au jeu de la séduction. Je sortis mon miroir et entrepris de me remettre du rouge à lèvres. Je voulais le rendre fou de désir et accentuais chaque geste sensuel à l’extrême. Je sentais son regard anxieux et troublé se poser sur moi, cela m’excitait terriblement. Je le désirais… Je mis ma main sur sa nuque et caressai doucement son cou tout en enfonçant mes ongles dans sa peau. Plus nos corps se rapprochaient, plus il se concentrait sur la conduite, comme pour ne pas donner d’importance à ce qui allait se passer. Je me rendais compte du pouvoir que j’avais sur lui, et prenais plaisir à voir son sexe se gonfler dans son jean troué… Je lui soufflais légèrement dans l’oreille, et posai ma main sur sa cuisse. Il se tourna vers moi comme terrifié. Je faisais semblant de ne pas le voir et gardais ma main bien au chaud au creux de son aine. Il arrêta la voiture, jeta son corps d’adolescent sur mon corps de femme. J’avais envie d’une lutte dans cet espace confiné. Je le repoussais et l’enfonçais bien profond dans son fauteuil, je l’enfourchais pour sentir son sexe dur se coller contre mon clitoris gonflé. Son souffle s’entrecoupait, et une envie goulue se dégageait de lui. Il me renifla, me toucha, me serra, me regarda. Il s’étendit longuement sur mes seins me mordit les tétons, les lécha avec application, les pinça, grossièrement, remplit de la peur des premières fois.

11.2.11

Jeu Erotique #1

RÈGLES DU JEU: Écrire un texte érotique à la première personne. Celle des deux qui n'écrit pas impose librement:
  • le lieux où se déroule l'action,
  • la personne avec qui se déroule l'action (sexe et caractéristique de son choix)
  • un objet qui devra être utilisé de manière érotique.



PREMIER ROUND



Le lieu: Une forêt
Le personnage: Un homme qui parle une langue étrangère
L'objet: Une tartine de fromage de chèvre



J’avais l’alcool triste cette soirée là, je les découvrais odieux, ils s’écoutaient parler et ils avaient des petits paquets de bave séchée aux coins des lèvres. Je suis sortie, j’ai claqué bien fort la porte, et ça m’a apaisé. Il ne faisait plus très chaud mais j’ai enlevé mes chaussures pour marcher pieds nus. J’entrais dans la foret, je sentais l’haleine moite de la terre ; et les arbres respirer. Il était brun, il parlait avec ses mains, il était italien ou bien grec, je n’ai jamais su. Il sortait, inévitablement lui aussi, de la soirée ; mais je préférais croire qu’il sortait de nul part. Il a étendu sa veste sur l’herbe embuée, il ne m’a pas déshabillé, il a juste retroussé ma jupe, il me léchait à travers ma petite culotte, je fermais les yeux et m’appliquais sérieusement : m’imaginer entourée d’autres hommes, italiens et grecs, en train de me caresser, de se caresser, de se branler au-dessus de moi, plusieurs mains me caressant, plusieurs bouches me mordant, je leur parlais dans mes pensées, j’étais grossière et vulgaire. Je sentais poindre l’orgasme, je n’étais plus que tressaillements, je lui tenais résolument la tête, qu’il ne s’arrête pas, qu’il continue et me laisse imaginer mes petites saynètes salaces, pleine de leur foutre imaginaire qui dégouline entre mes seins, sur ma bouche, dans mes cheveux. Il a finit par me retourner, il m’a déconcentré, je le sentais derrière moi, il était lourd et respirait un mélange épicé de sueur, de rhum et de clopes industrielles. J’avais froid, j’ai remis mes chaussures ; on est rentré, j’avais les cuisses qui collaient. On a dormi enlacé sur un matelas une place comme des collégiens. Il ne parlait pas, il me caressait le bras, me serrait la main. J’avais la tète qui tournait. Quand je me réveille, il est debout adossé contre le mur. Il me regarde violemment et il mange. Il est nu, je l’observe, et il bande. Son sexe en érection est gorgée de sang, violacé. J’ai l’impression que sa queue va exploser. Son regard m’excite, il me regarde avec conviction, explore mon corps minutieusement avec ses yeux, presque gravement. Je ne crois pas qu’il m’ait parlé, il m’a juste donné sa tartine et cette fois-ci il a arraché ma culotte. Un peu dans les vapes, je me retrouvais à moitié nue, une tartine de chèvre à la main, la langue d’Andrea, ou bien était-ce Kostas, faisant des aller-retour entre mon cul et mon sexe, et son nez, et ses pommettes, et son menton. J’avais l’impression d’être une star de cinéma. Ça me plaisait pas mal; de me faire lécher au petit-déjeuner, je n’étais pas complètement là, et j’essayais même de me concentrer sur ce que je mangeais. C’était savoureux. Il aimait ça, je l’entendais gémir, je le voyais se tortiller contre le lit. Il glissait ses mains partout. Il m’empoignait les fesses, et délice suprême m’enfonçait ses doigts dans les deux trous à la fois. J’ai cru que j’allais m’étouffer. J’avais l’impression de lui baiser la bouche avec mon sexe, je me pinçais les tétons jusqu'à m’en faire mal. Comme si il n’en avait pas assez de toute ma chair, il se cramponnait, s’agrippait à mon corps comme à une bouée de sauvetage. J’ai jouis désespérément. Puis j’ai finis la tartine ; il me regardait toujours aussi sauvagement, il était beau comme un pirate, avec ses belles lèvres pleines et sucrées et luisantes. C’est certain, s’il avait pu, il m’aurait tartiné de fromage.


Quelqu'un d'autre veut jouer avec nous? Envoyez nous vos contraintes...

4.11.10

Conte Exquis




REGLES DU JEU
: Pareil que pour le cadavre exquis mais cette fois Les interventions de Pepette de Port-au-Prince sont en rose, celles de Choupette de Bruxelles en noir, donc.

Il y avait deux sœurs, dans le village de Las Ocas, mais en fait on ne savait vraiment si elles étaient sœurs, et personne d’ailleurs ne pouvaient dire avec exactitude d’où elles venaient ni depuis combien de temps elles étaient là, c’est pourquoi on ne les nommait jamais autrement que “las senoritas brujitas de las Ocas”, et jusque dans les provinces les plus éloignées, tous en avaient déjà entendu parler. Il faut dire qu’elles étaient toujours en désaccord, il n’existait pas un seul point sur lequel elles tombaient d’accord, si ce n’est le jeu. Elles passaient leur temps à jouer, et inventaient toutes sortes d’obscénités. Leur préférée : le monde imaginaire. Les règles étaient rarement appliquées ce qui provoquaient des disputes terribles qui se finissaient toujours à La Taberna, repère de brigands mais aussi de tous les sorciers, magiciens et devins du coin. Les habitants du village craignaient ces deux êtres épris de liberté. A tel point qu’un jour le conseil des sages du village se réunit. A l’ombre du grand chêne, le plus ancien d’entre eux pris la parole :

- Il faut séparer ces deux furies ! Mais elles vont se tuer ! s’étranglait de peur le boulanger, il courut vers les deux sœurs rameutant avec lui tous les passants.

C’est une grande foule compacte que l’on pouvait voir au loin, bruyante de joie, menaçante d’envie, épatante de couleurs. On ne pouvait distinguer ce qu’il se passait, on ne voyait qu’un amas de bras, de jambes, divers organes, et on entendait des grognements, des protestations, une grande clameur qui finalement se détacha du tas humain pour prendre son envol. Loin au-dessus de ce brouhaha se dégageait un ciel clair avec des nuages doux et moelleux. Les deux jeunes filles regardaient le paysage s’échapper ; les petits maisons d’abord, la place, le grand cocotier, et même le boulanger finirent par s’envoler.

- Oô regarde au loin là-bas, cette foule qui chante et qui danse, partons à leur rencontre.

- Ho oui partons les rejoindre dit l’une des deux sœurs qui, à peine avait-elle finit sa phrase, était déjà bien haut dans le ciel.

- Attends moi ici, nous partirons à la nuit tombée, il ne faut pas que les autres nous voient

- D'accord mais si tu ne reviens pas… resterons nous coincées à jamais dans ces cieux embrumés ? répondit-elle tandis que des ailes, de grandes ailes duveteuses et multicolores, commençaient à pousser sur ses épaules !

- Oh merde regarde les CRS fondent sur la foule, séparons nous et à ce soir.

L'après midi se déroula dans un bordel pas possible, après maintes péripéties les deux jolis cœurs finirent par se retrouver sur le sommet enneige du Tomba-tonkiou en petits dessous, frigorifiées, devant la grande sorcière. Impressionnante et effrayante, elle semblait se transformer à chaque instant, elle prenait la forme de toutes sortes d’animaux fantastiques. A la nuit tombée, il était temps de se rhabiller. La sorcière outrée se mit à baver et à prononcer toutes sortes d’insanités. Les deux fillettes étonnées se mirent soudainement à croasser, il commença à pleuvoir violemment, le tonnerre rugit et tout en sautillant lourdement elles se délectaient de cette eau ruisselante sur leur peau à présent rugueuse et pustuleuse.

- Regarde toi petite sorcière, tu vas et viens sur ton balai, et jamais ne t’arrête, nous tu nous fais rire avec ta bave et tes gros mots, reste avec nous !

- Ordures de bave de chameaux ! on ne m'avait jamais brocardé de telle griffe de griffon, gai-luron, harpie, vache, crapaud, crapoussin, ouste, ouste, fulminait la sorcière congestionnée, qui gonflait, gonflait, gonflait.

Si bien qu’elle finit par se transformer en un arbre magique avec un tronc large et fort, et des feuilles de toutes les couleurs qui brillaient, brillaient de milles feux. Il était tellement beau et fort, que tous les habitants du village voulaient le manger, personne n’avait jamais vu un si beau sanglier. Bien gras et muscle le bucheron du village, jaloux de l’arbre, s’approcha avec sa grande hache pour l’abattre. Au moment ou il brandissait sa hache elle éclata en une gerbe de chrysanthèmes de toutes les couleurs qui se dispersèrent dans l’air et retombèrent délicatement sur la foule qui instantanément à leur contact tomba lourdement et dans un profond sommeil. Tous ils dormaient, sauf le petit lutin vert qui rentrait de sa ballade quotidienne dans la foret. Il aperçut le bucheron et dans son enthousiasme perdu la notion du temps, ses gestes étaient gauches et il tomba sur les deux sœurs endormies. Elles se réveillèrent en même temps dans leur chambre d’enfants, heureuses de retrouver le regard de l’autre. Elles se racontèrent des rêves pour se remettre de toutes ces dangereuses aventures, comme il faisait froid elles s’étaient enroulées dans des plumes d’autruches géantes ; mais elles ne se comprenaient plus et leurs langues fourchaient. Des inconnues, des questionnements, des mystères, elles espéraient pouvoir tout résoudre ensemble. Dans leur chambre d'enfants, elles se mirent a explorer, fureter, fouiller, toutes leurs cachettes d’avant. Enfin, elles trouvèrent la sérénité, plus de disputes, plus de querelles, que le jeu, le rêve l’imagination tous les jours.

Au dehors, l'hiver grondait et la nature semblait se livrer à une lutte sans merci, une étrange bataille à coup de blizzard, de grêle et de neige, les bourrasques et les tornades se mirent de la partie. L’orage se fit de plus en plus intense, des éclairs de lumières qui transperçaient le ciel, le bruit du tonnerre qui éclatait dans la pièce. Elles n'avaient plus peur car tout redevint calme et doux, il y avait une odeur de barbe-a-papa et de caramel mou. Ca sentait aussi l’herbe mouillé, il fallait sortir, courir dans les prés, se rouler dans l’herbe, il fallait crier, danser, il fallait partir à travers le monde, découvrir des paysages.

Plus rien ne pouvait leur arriver, les aventures étaient bel et bien terminées, il était temps de se marier, de faire des enfants et de conclure l’histoire. C’est ainsi, que les deux sœurs partirent à travers le monde, et racontèrent les aventures merveilleuses qu’elles vivaient ensemble dans leurs rêves.

1.10.10

Conversation de cadavres exquis


REGLES DU JEU: Alors il s'agit donc d'écrire un dialogue sur le thème de l'amour, il nous faut un contexte, ni trop large, ni trop précis, et surtout très incertain pour que nous puissions nous sentir comme des petites chattes libérées que nous sommes. Donc deux amies, discutent de l'amour, elles peuvent se poser des questions, se raconter des anecdotes, partir dans des théories, enfin faire ce qu'elles veulent comme dans la vie. Chacune des participantes aura le droit à un maximum de 6 phrases, mais elle peut n'écrire que trois mots si elle le souhaite. Nous partirons sur un échanges de 10 "couplets", celle qui commence aura la tache d'introduire le dialogue et celle qui le termine de le conclure. Pour l'introduction et la conclusion, chacune des participantes dispose si elle le souhaite de 3 phrases de plus que dans un couplet normal. Une fois que nous avons notre couplet d'écrit dans un coin, nous envoyons à l'autre par mail les 4 premiers mots du couplet qu'elle devra composer. Chacune aura 24h pour faire parvenir à l'autre les nouveaux mots, et il est formellement interdit de modifier les écritures deja réalisées. Les interventions de Pepette de Port-au-Prince en noir, celles de Choupette de Bruxelles, en rose, donc.

CADAVRE EXQUIS

Le soleil était haut, une légère brise faisait balancer les feuilles des arbres dans un mouvement régulier. ELLES, elles étaient là, assises paresseusement, face à face. Sirotant avec désinvolture leur habituel jus de tomate, elles s’épanchaient avec légèreté sur leur thème favori, l’amour.

- Et pourtant il aimait danser… , grommela mollement l’une d’entre elles. Pourquoi s’aimer ça ne serait pas juste danser… Parfois des slows, parfois des valses, des danses acrobatiques, des danses exotiques, des danses traditionnelles, des danses rituelles... Je me souviens de cet homme qui ne s’exprimait qu’à travers des onomatopées rythmiques, ces mots d’amour étaient tellement audibles…

L’autre, dans un mouvement qui parut lui demander un effort certain l’interrompit.

- Bêtise ces mots d’amour, qui aiguisent mes furieuses envies de toujours. Des idioties - insanités ! - niaiseries, mais comme il est naze mon ami bien-aimé. Salaud! Il me fais croire, avec brio, à ses histoires. Baliverne, baratin, et pourtant vois comme il m’entraine, avec ses yeux, avec ses mains. Foutaises, oh mon amour, et je le déteste plus chaque jour. Et pourtant comme ils sont doux ses mots d’amour, mon amour. Et pour chaque bouteille vidée, un mot doux susurré.

- Jusqu’à plus soif mon ami, enivrés, repus et satisfaits, on peut les voir à travers la ville. Arpentant les rues main dans la main, comme pour montrer leur attachement face aux autres, face au monde. Barrières du nous, moi je ris, barricades contre vous. Jusqu’à plus soif mon ami, je me suis déjà moi-même enivrée, exposée, déshabillée. Et nue, face aux autres, face au monde, face à lui, j’ai opté pour la barricade contre nous et la barrière face à vous.

- Toi tu fais semblant d’être invincible. Tu fais semblant et c’est risible. Et la nuit tu pleures dans ton lit, sans bruit, et tu suces ton pouce en attendant le printemps. Et tu attends, marchant, pétrifiée. Et tu apprends comment on fait. Comment on se tient, comment on se tait, comment on revient, comment on se plait. Soulagement, je ne suis pas qui je devais.

- Et j’apprends comment on joue surtout ! Petit jeux de séduction, une graine de perversion et autant d’abnégation…Un jeu sans fin, le jeu d’une vie. Mais qu’il est bon de jouer, aussi bon que ce soleil qui me réchauffe les joues.

- Ho oui tu as raison peut importe les obstacles, nous nous aimerons. Notre amour est sans nom et n’a pas de définition. Il n’a pas de patrie, pas de frontière, tu es bien plus que mon amie, ma sœur, ma paire. Nous partirons au bout du monde, et nous reviendrons. Nous mettrons le feu à nos sous-vêtements, et nous crierons à la déculottade générale et au grand frisson. L’amour est mort mais nous le ressusciterons. A grands coups de sourires, à grands coupd de pieds.

- A grand renfort de slurp, grwch, muac, ploc, vlac, krouch… Il y avait quelques bzzzzz et des fzzz, et aussi quelques chhhhht. Autant de bruits qui les rendaient à part, un langage bien à eux, je pense. Il me semble qu’il connaissait le langage des oiseaux, et elle, celui des fleurs. Ensemble ils parcouraient la nature, courraient dans l’herbe et se couchaient nus souvent dans la rosée du matin, et sais-tu comment ils se sont rencontrés ?

- Surement par hasard sur la commode. A moins que nous ne l’ayons enfermé dans le placard ? Oui maintenant que tu me le dis je crois bien me rappeler l’y avoir rangé. Tout seul dans le noir, le pauvre amour. Il est grand temps d’ouvrir ce fichu tiroir - s’il n’est pas trop tard -. A force d’attendre, il aura les jambes molles et le sang qui tourne, il se brusquera d’un rien et s’effraiera de tout. Mais nous saurons le rassurer, nous l’allaiterons, nous le cajolerons, nous lui apprendrons comme cela peut être bon.

- Et il comprendra que … - Monsieur, un autre jus de tomates ! Oui c’est ça du piment, bien rouge, et oui, comme le jus- Où en étais-je ? … Ce n’était pas moi, voila c’est ça, ce n’était pas moi, ou peut être ce n’était pas lui. Enfin bon ce n’était pas nous et voilà tout. Mais tu m’écoutes quand je te parle ?

- Non jamais, je préfère sur une île déserte m’exiler, ou bien me réfugier au creux d’une forêt. Les jours y seront gais et les amis muets.



10.7.10

Le Bal

Cherry doudou,

Une drôle de sensation m’a envahi à la lecture de ta lettre. Un moment de trouble entre ici et là-bas, là-bas et ici. Comme une confusion d’espace temps et moi qui ne sais plus trop…

J’ai repensé à Bruxelles, ses vitrines de tenues de domestiques, son canal orné de moulins à vent. Je me suis souvenue de ma boite à bijoux aux initiales de ma grand-mère (les mêmes que moi) dans laquelle il n’y a jamais eu de bijoux mais des échantillons de tout ce que je trouvais, ce qui lui a donné une odeur telle que je ne supporte plus de l’ouvrir, à mes cols en dentelles et mes chaussures vernies, à mes faiseurs de rêves, aux mots … de trop, à notre impossibilité à nous regarder, à nous entendre, à nous aimer, aux barricades, aux rêves de lendemain, à Boris, Barbara, Jacques, et Léo…

Et puis j’ai regardé autour de moi, j’ai vu des vitrines détruites, un semblant de canal sans vent qui draine tous les détritus de la ville. J’ai vu également des restes de boites à trésors de grand mère, des fatras de chaussures vernies pour la rentrée, d’innombrables faiseurs de rêves un peu abimés, et j’ai pensé à d’autres mots, à mon impossibilité à comprendre ce monde, à entendre l’incroyable, aux barricades partout toujours, et aux rêves de lendemain comme seule issue et à ceux qui les chantent : ram, belo, barricade crew.

Ici, là-bas, là-bas, ici,

En créole on dit mwen prale lot bor (en fait en entier : lot bor dlo), traduction de je pars à l’étranger, littéralement cela donne je pars de l’autre coté de l’eau, incroyable…

Et partout on danse…le concorde, à Jacmel, boite de nuit à moitié démolie et pourtant…



Un orchestre, les invincibles, se met en place, une dizaine de personnes sur scène, saxo, trompettes, guitare, percus, clavier, chanteur, et des balances qui n’en finissent pas. Le vrai BAL, tenue correcte exigée, toutes les femmes sont belles, moulées et parées de leurs plus beaux bijoux, et les hommes à leurs bras bien orgueilleux. Le temps d’entamer quelques rhums et la musique démarre, saturation des basses, le micro du chanteur ne fonctionne plus. Les longues heures de balances n’ont pas suffi…. Cette musique me rappelle une image lointaine que j’avais des Caraïbes, avant les hôtels de luxe, les plages saturées de béton, et les excès du tourisme en tout genre. Dans ce décor, une blanche se fait vite repérer et je suis invitée à chaque danse. Pas facile de trouver ses marques dans cette danse collé-serré où il faut se laisser guider par l’autre. Le rhum aidant, je prends le rythme, je me risque même à parler quelques mots de créole.

Fin de soirée, 3ème bouteille, je suis à l’aise, le rythme dans la peau, je débite sûre de moi les mots de créole appris dans la soirée. Mon partenaire me répond dans un français impeccable « je ne parle pas le créole, je suis malien », …apriori…, histoires d’étrangers.

Je ramène tout le monde la tête en vrac, et je me souviens de nos grandes virées marseillaises, moi au volant, toi co-pilote, peu importe la route.
Lendemain, retour du bal, retour à Port au Prince… Une tempête nous prend par surprise sur la route, dans la voiture, le silence se fait, les têtes sont baissées, les regards hagards, personne ne parle mais tout le monde voit. Des milliers de gens sous tentes ou même parfois sous bâche,s dans des terrains inondables, en bas de montagnes dépourvues d’arbres capables de retenir la boue. Les gens s’agitent, se pressent, courent dans tous les sens, sans bruit, la nuit en plein jour, des éclairs de lumière, le silence d’une ville agitée…

Il pleut dans ma tête, je pense aux chats, aux bals, au canal, aux chèvres, aux brosses en poils de cochon, à crier à la tête des passants, à danser encore et encore,

L’espoir est vendeur, je regarde tout ces gens de la coopération, des ONG, des organisations internationales, je me demande si tous ont de l’espoir. Ou plutôt je me demande si c’est parce qu’ils ont de l’espoir qu’ils font ce travail. Traven dit que c’est l’espoir qui nous rend esclaves, et moi et moi et moi…qu’est ce que j’en dis ?

Lundi, message du patron, pression d’en haut, il parait qu’un certain Nicolas est venu en Haïti récemment. Ce Nicolas a serré la main d’un jeune garçon, et s’est pris d’affection pour lui. Avait-il les yeux fermés au moment de serrer la main des autres ? Notre mission si nous l’acceptons, et bien sûr nous l’acceptons (certain se poseront-ils même la question ?) est de sauver Ce petit garçon de 17 ans.

Pourtant Nicolas ne me donne pas le mode d’emploi : fermer les yeux quand je vois les autres, éviter de crier d’effroi quand je leur annonce que ce garçon bénéficie d’une aide parce qu’il a serré la main à un blanc très important, ravaler ma haine quand chacun d’entre eux me raconte son histoire chaque fois plus terrible, chaque fois plus triste, pouffer de rire quand Nicolas nous parlera de sa vision de l’aide au développement.

La pluie s’est arrêtée, et dans ma tête ça continue, je prends mon premier cours de créole… Je veux comprendre. Haïti, petit pays, beau pays, 1er pays à s’être rebellé contre l’ordre établi, 1er pays à avoir déclenché les émeutes de la faim. Et pourtant partout, l’occupation, la manipulation… la coopération.

Alors, je pense à toi, à nos inventions de jeux et à nos inventaires de je.

Mwen vini poco lot bor,

Ta cherry coco

29.6.10

FROM bruxelles-to-albi TO port-au-prince

Tu débutes une correspondance wild-cherry-girl. Je pensais pouvoir m’en sortir en postant quelques photos… Et bien qu’à cela ne tienne, voici mon récit:

(Bruxelles alias le beau rodecker)

Place sainte-Catherine et dans toute la ville il n’y a plus que des putains de vitrines: des filles de plastiques à quatre pattes, bouche entre-ouverte, nous vendent des vêtements de papier. Il n’y a plus non plus d’omnibus; et ce qui reste du canal, ils vont en faire une promenade. On s’y promène déjà pourtant. Il faut croire qu’on s’y promènera mieux.

Ca fait une éternité que je n’ai pas dessiné et mon nouveau carnet prend la poussière. Des étoiles, on n’en voit plus. La pleine lune m’empêche de dormir et le faiseur de rêves aussi. Dans le désert on inventait des contes. A Bruxelles on se raconte des histoires mais en fin de conte on ne se dit rien. Derrière les contraintes, les barricades des mots, et sous les pavés, encore et toujours des pavés.

Tu es partie dans un pays où tu risques ta vie. Je reste risque mes envies.

Ma nouvelle copine Desi chante quand elle parle et danse quand elle marche, elle vient d’un pays lointain. Elle a aussi un faiseur de rêves et on se raconte nos histoires. Et ces histoires finissent mal. En général. Alors on va voir des spectacles de danse contemporaine où les danseurs ne dansent pas. Et on rencontre des Giuseppe à tous les coins de rue, il suffit d’ouvrir les yeux, et de fermer la bouche.

(Albi alias le bouquet mystère)

Ca résonne et si j’y regarde de trop près j’ai des haut-le-cœur, alors je regarde de tout en haut.

J’ai retrouvé la boite à bijoux de ma grand-mère. C’était mon trésor des vacances d’été. Avec ce même plaisir chaque fois intact je l’ouvrais et je manipulais précautionneusement tous ces objets précieux. Ca m’occupait des après-midi entiers. Aujourd’hui, je ne sais par quel effet, le coffret se retrouve à Albi. Je l’ouvre et il y a cette odeur qui me prend à la gorge: mélange d’Antibes, de grand-mère, de gaufres et d’anti-fourmi. Surtout de grand-mère.
Puis j’ai retrouvé la jupe à pois que je portais le jour de la rentrée de 6eme. Oui, sauf que tout le monde était en jeans. J’ai aussi retrouvé des dizaines de lettres de Brad. Il dessinait de gros cœurs rouges sur les enveloppes et m’appelait burgergirl.

A Albi le ciel est bleu-acier-neige-rose-orange-explosions-de-soleil, c’est beau comme une prison qui brûle, sous de tels cieux je suis autiste.

J’y vais à reculons mais j’y vais. Je suis quand même une fille sympa. Mon frère tant aimé me traite de trainée, alors David me rappelle que je suis aimable et toi, insensée que tu es, tu me dis – quand je suis au bord de la mer tout au bout de ses rouleaux - que je suis extra-ordinaire.

(instincts de jeu et phénomènes esthétiques)

Au jardin des plantes à Toulouse, Christian met le carton perforé dans l’encoche, et tourne la manivelle. Avec son limonaire, il chante Aznavour, Ferré, Ferrat et Vian. Avec Panthère on danse la valse. La misère est-elle vraiment moins pénible au soleil? Christian il nous raconte que plus personne ne danse, plus personne ne chante, qu’avant les gens s’arrêtaient et dansaient et chantaient. Alors nous on chante avec lui, on gueule presque et on chante faux alors on arrache quelques sourires étonnés. Ils n’ont pas le temps ils sont pressés, pourtant c’est Dimanche et ils mangent des glaces italiennes. Ca deviendrait presque un métier risqué, les CRS ont fondu sur lui quand Mr Président était dans le coin et qu’il a mis le Déserteur : ils ont vu ça comme une provocation. Il nous dit que les flics et les prêtres ça lui file la nausée et que les seuls gars en noir qu’il respecte ce sont les Anar. Il a les larmes aux yeux quand il nous dit un peu de toutes ces 60 dernière années à chanter dans la rue. Il est un peu comme un arbre, il en a vu passer des choses. Alors nous en cœur on chante Ferré, il n’y en a pas 1 sur 100 et pourtant on existe.

Mwen songe empil wu, On ti bo

19.6.10

Port-au-Prince, le 18 Juin

Port au Prince, 18 juin, 18h30
Bruxelles, 19 juin, 1h30

Cherry,

Étrange pour moi ce moment ou je sais que tu dors et que pour moi la journée n’est pas fini. Souvent, le soir en Mauritanie, je regardais les étoiles et je me disais que tu jetais peut être un coup d’œil au ciel toi aussi quelque part, histoire de connexion.

Décalage horaire, décalage ordinaire…

Ma première semaine à Port au Prince prend fin, et s’accompagne de son premier moment de calme depuis mon arrivée.

Je me rends compte que l’arrivée dans une ville ressemble à une rencontre amoureuse, on se protège, on hésite, on balbutie, on veut se montrer sous son meilleur jour. Port au prince est de ces rencontres qui vous entrainent, qui vous enivrent, qui ne vous laissent pas le choix. Défilés d’images intenses, sans explication de texte. Pourtant Port au Prince, n’est pas quelqu’un qui t’accueille à bras ouvert, elle ne te fait pas confiance, elle ne te prend pas dans ses bras. Tu hésites à te laisser porter dans ses rues, chaleur accablante, moustiques énervés, immeubles effondrés, et gravats désordonnés.

Sur mon chemin, j’ai rencontré la faim également, drôle de rencontres. Il faut imaginer le décor : 1 300 tentes alignées les unes derrière les autres sur un parterre de rocaille au pied de montagnes dépouillées de tout arbre, des latrines au milieu de tout ça comme seul élément de diversion, une chaleur étouffante bien sur.... Les gens du camp n'ont plus rien à manger et se tapent dessus à se blesser grièvement. La faim est absolue, presque passionnelle, elle t’empêche de penser, elle t’empêche d’espérer. Elle prend toute la place.

Pour répondre à cette faim, je suis sensée créer de l’activité. Quelle ironie quand tu sais que moi-même je n’ai jamais trouvé un véritable sens au mot « activité ». Il me faut donc m’interroger pour donner du sens à un mot qui en manque. Peut être que c’est ici qu’intervient l’instinct de jeu…

J’ai comme l’impression que les haïtiens possèdent cet instinct de jeu. Conversations surréalistes à Cité soleil, fameuse cité interdite, similis humains errant sans laisse….

Dans ce lieu interdit, la comédie est partie prenante : trouver l’ironie et l’amusement devient une question de vie ou de mort.

Il suffit d’observer la langue également : le créole, véritable jeu avec les mots et les sonorités. On joue avec les contractions et les décontractions. A ce sujet j’ai vécu un très beau moment, de ces moments ou je pense à toi parce que je sais que tu les aurais aimés. Un collègue à moi pour me montrer la beauté de sa langue m’a lu des poèmes en créole écrit par un militant de gauche. Ironie, drôlerie, instinct de jeu, je le retrouverais pour que nous puissions le poster. Une chose m’a frappé comme à chaque coin du monde, la liberté qui compte bien plus que tous les dogmes sur le développement.

Cela m’a fait penser à cet homme à qui tu as parlé qui t’interroge sur tes lectures, quelle belle rencontre également !

Et toi ma cherry, raconte moi tes jeux, raconte moi ta vie, ta ville, ces gens que tu croises ou qui t’accompagne. Raconte-moi l’ironie et la légèreté qui parfois me manque…

Je pense à toi, tu me manques….


Ta Cherry-blossom