REGLES DU JEU: Pareil que pour le cadavre exquis mais cette fois Les interventions de Pepette de Port-au-Prince sont en rose, celles de Choupette de Bruxelles en noir, donc.
Il y avait deux sœurs, dans le village de Las Ocas, mais en fait on ne savait vraiment si elles étaient sœurs, et personne d’ailleurs ne pouvaient dire avec exactitude d’où elles venaient ni depuis combien de temps elles étaient là, c’est pourquoi on ne les nommait jamais autrement que “las senoritas brujitas de las Ocas”, et jusque dans les provinces les plus éloignées, tous en avaient déjà entendu parler. Il faut dire qu’elles étaient toujours en désaccord, il n’existait pas un seul point sur lequel elles tombaient d’accord, si ce n’est le jeu. Elles passaient leur temps à jouer, et inventaient toutes sortes d’obscénités. Leur préférée : le monde imaginaire. Les règles étaient rarement appliquées ce qui provoquaient des disputes terribles qui se finissaient toujours à La Taberna, repère de brigands mais aussi de tous les sorciers, magiciens et devins du coin. Les habitants du village craignaient ces deux êtres épris de liberté. A tel point qu’un jour le conseil des sages du village se réunit. A l’ombre du grand chêne, le plus ancien d’entre eux pris la parole :
- Il faut séparer ces deux furies ! Mais elles vont se tuer ! s’étranglait de peur le boulanger, il courut vers les deux sœurs rameutant avec lui tous les passants.
C’est une grande foule compacte que l’on pouvait voir au loin, bruyante de joie, menaçante d’envie, épatante de couleurs. On ne pouvait distinguer ce qu’il se passait, on ne voyait qu’un amas de bras, de jambes, divers organes, et on entendait des grognements, des protestations, une grande clameur qui finalement se détacha du tas humain pour prendre son envol. Loin au-dessus de ce brouhaha se dégageait un ciel clair avec des nuages doux et moelleux. Les deux jeunes filles regardaient le paysage s’échapper ; les petits maisons d’abord, la place, le grand cocotier, et même le boulanger finirent par s’envoler.
- Oô regarde au loin là-bas, cette foule qui chante et qui danse, partons à leur rencontre.
- Ho oui partons les rejoindre dit l’une des deux sœurs qui, à peine avait-elle finit sa phrase, était déjà bien haut dans le ciel.
- Attends moi ici, nous partirons à la nuit tombée, il ne faut pas que les autres nous voient
- D'accord mais si tu ne reviens pas… resterons nous coincées à jamais dans ces cieux embrumés ? répondit-elle tandis que des ailes, de grandes ailes duveteuses et multicolores, commençaient à pousser sur ses épaules !
- Oh merde regarde les CRS fondent sur la foule, séparons nous et à ce soir.
L'après midi se déroula dans un bordel pas possible, après maintes péripéties les deux jolis cœurs finirent par se retrouver sur le sommet enneige du Tomba-tonkiou en petits dessous, frigorifiées, devant la grande sorcière. Impressionnante et effrayante, elle semblait se transformer à chaque instant, elle prenait la forme de toutes sortes d’animaux fantastiques. A la nuit tombée, il était temps de se rhabiller. La sorcière outrée se mit à baver et à prononcer toutes sortes d’insanités. Les deux fillettes étonnées se mirent soudainement à croasser, il commença à pleuvoir violemment, le tonnerre rugit et tout en sautillant lourdement elles se délectaient de cette eau ruisselante sur leur peau à présent rugueuse et pustuleuse.
- Regarde toi petite sorcière, tu vas et viens sur ton balai, et jamais ne t’arrête, nous tu nous fais rire avec ta bave et tes gros mots, reste avec nous !
- Ordures de bave de chameaux ! on ne m'avait jamais brocardé de telle griffe de griffon, gai-luron, harpie, vache, crapaud, crapoussin, ouste, ouste, fulminait la sorcière congestionnée, qui gonflait, gonflait, gonflait.
Si bien qu’elle finit par se transformer en un arbre magique avec un tronc large et fort, et des feuilles de toutes les couleurs qui brillaient, brillaient de milles feux. Il était tellement beau et fort, que tous les habitants du village voulaient le manger, personne n’avait jamais vu un si beau sanglier. Bien gras et muscle le bucheron du village, jaloux de l’arbre, s’approcha avec sa grande hache pour l’abattre. Au moment ou il brandissait sa hache elle éclata en une gerbe de chrysanthèmes de toutes les couleurs qui se dispersèrent dans l’air et retombèrent délicatement sur la foule qui instantanément à leur contact tomba lourdement et dans un profond sommeil. Tous ils dormaient, sauf le petit lutin vert qui rentrait de sa ballade quotidienne dans la foret. Il aperçut le bucheron et dans son enthousiasme perdu la notion du temps, ses gestes étaient gauches et il tomba sur les deux sœurs endormies. Elles se réveillèrent en même temps dans leur chambre d’enfants, heureuses de retrouver le regard de l’autre. Elles se racontèrent des rêves pour se remettre de toutes ces dangereuses aventures, comme il faisait froid elles s’étaient enroulées dans des plumes d’autruches géantes ; mais elles ne se comprenaient plus et leurs langues fourchaient. Des inconnues, des questionnements, des mystères, elles espéraient pouvoir tout résoudre ensemble. Dans leur chambre d'enfants, elles se mirent a explorer, fureter, fouiller, toutes leurs cachettes d’avant. Enfin, elles trouvèrent la sérénité, plus de disputes, plus de querelles, que le jeu, le rêve l’imagination tous les jours.
Au dehors, l'hiver grondait et la nature semblait se livrer à une lutte sans merci, une étrange bataille à coup de blizzard, de grêle et de neige, les bourrasques et les tornades se mirent de la partie. L’orage se fit de plus en plus intense, des éclairs de lumières qui transperçaient le ciel, le bruit du tonnerre qui éclatait dans la pièce. Elles n'avaient plus peur car tout redevint calme et doux, il y avait une odeur de barbe-a-papa et de caramel mou. Ca sentait aussi l’herbe mouillé, il fallait sortir, courir dans les prés, se rouler dans l’herbe, il fallait crier, danser, il fallait partir à travers le monde, découvrir des paysages.
Plus rien ne pouvait leur arriver, les aventures étaient bel et bien terminées, il était temps de se marier, de faire des enfants et de conclure l’histoire. C’est ainsi, que les deux sœurs partirent à travers le monde, et racontèrent les aventures merveilleuses qu’elles vivaient ensemble dans leurs rêves.
REGLES DU JEU: Alors il s'agit donc d'écrire un dialogue sur le thème de l'amour, il nous faut un contexte, ni trop large, ni trop précis, et surtout très incertain pour que nous puissions nous sentir comme des petites chattes libérées que nous sommes. Donc deux amies, discutent de l'amour, elles peuvent se poser des questions, se raconter des anecdotes, partir dans des théories, enfin faire ce qu'elles veulent comme dans la vie. Chacune des participantes aura le droit à un maximum de 6 phrases, mais elle peut n'écrire que trois mots si elle le souhaite. Nous partirons sur un échanges de 10 "couplets", celle qui commence aura la tache d'introduire le dialogue et celle qui le termine de le conclure. Pour l'introduction et la conclusion, chacune des participantes dispose si elle le souhaite de 3 phrases de plus que dans un couplet normal. Une fois que nous avons notre couplet d'écrit dans un coin, nous envoyons à l'autre par mail les 4 premiers mots du couplet qu'elle devra composer. Chacune aura 24h pour faire parvenir à l'autre les nouveaux mots, et il est formellement interdit de modifier les écritures deja réalisées. Les interventions de Pepette de Port-au-Prince en noir, celles de Choupette de Bruxelles, en rose, donc.
CADAVRE EXQUIS
Le soleil était haut, une légère brise faisait balancer les feuilles des arbres dans un mouvement régulier. ELLES, elles étaient là, assises paresseusement, face à face. Sirotant avec désinvolture leur habituel jus de tomate, elles s’épanchaient avec légèreté sur leur thème favori, l’amour.
- Et pourtant il aimait danser… , grommela mollement l’une d’entre elles. Pourquoi s’aimer ça ne serait pas juste danser… Parfois des slows, parfois des valses, des danses acrobatiques, des danses exotiques, des danses traditionnelles, des danses rituelles... Je me souviens de cet homme qui ne s’exprimait qu’à travers des onomatopées rythmiques, ces mots d’amour étaient tellement audibles…
L’autre, dans un mouvement qui parut lui demander un effort certain l’interrompit.
- Bêtise ces mots d’amour, qui aiguisent mes furieuses envies de toujours. Des idioties - insanités ! - niaiseries, mais comme il est naze mon ami bien-aimé. Salaud! Il me fais croire, avec brio, à ses histoires. Baliverne, baratin, et pourtant vois comme il m’entraine, avec ses yeux, avec ses mains. Foutaises, oh mon amour, et je le déteste plus chaque jour. Et pourtant comme ils sont doux ses mots d’amour, mon amour. Et pour chaque bouteille vidée, un mot doux susurré.
- Jusqu’à plus soif mon ami, enivrés, repus et satisfaits, on peut les voir à travers la ville. Arpentant les rues main dans la main, comme pour montrer leur attachement face aux autres, face au monde. Barrières du nous, moi je ris, barricades contre vous. Jusqu’à plus soif mon ami, je me suis déjà moi-même enivrée, exposée, déshabillée. Et nue, face aux autres, face au monde, face à lui, j’ai opté pour la barricade contre nous et la barrière face à vous.
- Toi tu fais semblant d’être invincible. Tu fais semblant et c’est risible. Et la nuit tu pleures dans ton lit, sans bruit, et tu suces ton pouce en attendant le printemps. Et tu attends, marchant, pétrifiée. Et tu apprends comment on fait. Comment on se tient, comment on se tait, comment on revient, comment on se plait. Soulagement, je ne suis pas qui je devais.
- Et j’apprends comment on joue surtout ! Petit jeux de séduction, une graine de perversion et autant d’abnégation…Un jeu sans fin, le jeu d’une vie. Mais qu’il est bon de jouer, aussi bon que ce soleil qui me réchauffe les joues.
- Ho oui tu as raison peut importe les obstacles, nous nous aimerons. Notre amour est sans nom et n’a pas de définition. Il n’a pas de patrie, pas de frontière, tu es bien plus que mon amie, ma sœur, ma paire. Nous partirons au bout du monde, et nous reviendrons. Nous mettrons le feu à nos sous-vêtements, et nous crierons à la déculottade générale et au grand frisson. L’amour est mort mais nous le ressusciterons. A grands coups de sourires, à grands coupd de pieds.
- A grand renfort de slurp, grwch, muac, ploc, vlac, krouch… Il y avait quelques bzzzzz et des fzzz, et aussi quelques chhhhht. Autant de bruits qui les rendaient à part, un langage bien à eux, je pense. Il me semble qu’il connaissait le langage des oiseaux, et elle, celui des fleurs. Ensemble ils parcouraient la nature, courraient dans l’herbe et se couchaient nus souvent dans la rosée du matin, et sais-tu comment ils se sont rencontrés ?
- Surement par hasard sur la commode. A moins que nous ne l’ayons enfermé dans le placard ? Oui maintenant que tu me le dis je crois bien me rappeler l’y avoir rangé. Tout seul dans le noir, le pauvre amour. Il est grand temps d’ouvrir ce fichu tiroir - s’il n’est pas trop tard -. A force d’attendre, il aura les jambes molles et le sang qui tourne, il se brusquera d’un rien et s’effraiera de tout. Mais nous saurons le rassurer, nous l’allaiterons, nous le cajolerons, nous lui apprendrons comme cela peut être bon.
- Et il comprendra que … - Monsieur, un autre jus de tomates ! Oui c’est ça du piment, bien rouge, et oui, comme le jus- Où en étais-je ? … Ce n’était pas moi, voila c’est ça, ce n’était pas moi, ou peut être ce n’était pas lui. Enfin bon ce n’était pas nous et voilà tout. Mais tu m’écoutes quand je te parle ?
- Non jamais, je préfère sur une île déserte m’exiler, ou bien me réfugier au creux d’une forêt. Les jours y seront gais et les amis muets.